
En décembre dernier, l’administration pénitentiaire de Champ-Dollon a pris une décision arbitraire : interdire tout produit frais dans les colis alimentaires (viande, poisson, fromage et notamment). La raison invoquée ? Des risques sanitaires liés à la chaîne du froid.
On nous parle de santé publique. Mais ce qui se cache derrière, c’est une fermeture progressive du lien entre l’intérieur et l’extérieur. Une pétition a été adressée au directeur, au Conseil des visiteurs et au SCVAV (Service d’hygiène) par les personnes détenues. Résultat ? Le service d’hygiène aurait plutôt suggéré de trouver une solution pour maintenir les colis de produits frais lorsqu’ils sont envoyés par la poste, tout en autorisant les colis alimentaires déposés directement à la prison. Mais la décision finale a été plus radicale : interdiction totale. Au 14 février, 6 courriers ont été adressés au Grand Conseil et sont restés sans réponse autre qu’un accusé de réception. Les détenus ont même écrit à la direction pour proposer de signer une décharge concernant la chaîne de froid pour les libérer de leur responsabilité ou de mettre en place des sacs isothermes/
Une personne détenue nous a relaté simplement : « Ce n’est pas humain de leur part. » Une autre rapporte pour parler franchement de ces conditions sanitaires : « On nous avait promis que les commandes de produits frais à l’épicerie seraient livrées dans un sac isotherme. On l’attend toujours. Pendant ce temps, les repas stagnent pendant nos absences au tribunal ou au ministère public. » La chaîne du froid, visiblement, ne s’applique pas partout.
Cette mesure s’ajoute à une série de restrictions survenues dernièrement :
- L’épicerie a été fermée le 14 décembre jusqu’aux fêtes.
- Pas d’accès aux chaînes de télévision suisses depuis des mois.On nous rapporte que des personnes se sentent d’autant plus isolées, devoir « regarder le plafond ». L’accès a été rétabli en janvier.
- Accès à la nourriture de l’extérieur déjà réduit: les proches ne peuvent apporter des colis que quatre fois par an, le droit de cantiner depuis l’extérieur a été supprimé.
- Liste de produits autorisés très restreinte, sans liste claire de ce qui est interdit.
Dans d’autres cantons ou d’autres prisons du Canton de Genève, les règles sont plus souples. Pourquoi ici, c’est différent ?
Ces restrictions touchent d’autant plus les familles déjà précaires. Quand on est pauvre, on ne peut pas se permettre d’acheter à l’épicerie intérieure, car les prix sont beaucoup plus élevés qu’à l’extérieur. Pour rappel, la majorité des personnes enfermées à Champ-Dollon sont étrangères et racisées. Beaucoup sont incarcérées pour des amendes impayées liées à leurs statuts de séjour et très peu ont l’opportunité de travailler en détention.
Nous lançons un appel urgent à témoignages. Si vous êtes proche d’une personne détenue, si vous êtes détenu·e vous-même, ou si vous avez des informations sur ces restrictions, faites-nous parvenir vos récits. Brisons le silence.
Nous parlons ici simplement du droit à vivre un peu plus dignement l’enfermement. Pour autant, aucune condition « améliorée » ne légitime le système carcéral. Les prisons ne réparent rien. Elles isolent, elles stigmatisent, elles violentent et elles reproduisent les inégalités.
Feu aux prisons
Force aux personnes détenues et à leurs proches




Durant les étés 2022 et 2023, les personnes incarcérées à Champ-Dollon avaient dénoncé des conditions de détention invivables. Cellules surpeuplées, enfermement 23h sur 24h et températures encore plus chaudes qu’à l’extérieur. Encore pire dans les cachots (les cellules d’isolement) où les fenêtres ne s’ouvrent que de 10 centimètres, les grillages ne laissant pas circuler l’air [1]. En juillet 2022, alors que les températures s’élevaient à plus de 35°C dans les ateliers de la Brenaz, des détenus y avaient fait grève pour dénoncer des conditions de travail intenables. Tous avaient été sanctionnés par l’administration pénitentiaire [2].


