Samedi 24 avril 2021, 23 détenus ont refusé de regagner leur cellule après la promenade à la prison de Champ-Dollon. La police est finalement intervenue vers 20 heure pour mettre fin à ce mouvement de protestation. L’administration de la prison est très avare sur des informations pourtant fondamentales comme les motivations des prisonniers. Le maigre et unique article consacré à l’événement par la Tribune de Genève ne nous apprend pas grand chose.
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Relais Enfants-Parents – REPR
Relais Enfants-Parents – REPR
Relais Enfants-Parents (REPR) est une association présente en Suisse romande qui a pour but de conseiller et d’accompagner les proches de personnes incarcérées. Des entretiens confidentiels sont proposés par téléphone (0800 233 233), par mail et sur les sites de Champ-Dollon (GE), Bois-Mermet (VD) et Bellechasse (FR).
Brisons le tabou qui pèse sur les personnes détenues
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Chaque proche de détenu.e le sait, avoir une personne qu’on aime dedans c’est penser à ça à chaque instant mais c’est aussi ce dont on peut parler le moins dans notre quotidien de dehors. Être soi-même détenu.e ou ex-détenu.e marque aussi sa vie et on ne peut pas plus en parler.
L’intérêt de cette rubrique est de partager nos expériences en tant que proches, personnes détenues ou ex-détenues pour que l’on sache qu’on est pas seul.e. Qui sait, peut-être que de ces témoignages ressortiront également des stratégies et des conseils de comment faire face à cette situation lorsqu’elle devient trop lourde.
Brisons ce tabou qui pèse sur les personnes détenues et qui occupe les pensées des proches et des personnes détenues. Exprimons ici ce que nous avons sur le coeur, là où ceux et celles qui nous liront sauront nous comprendre, et où nos témoignages deviendront des forces.
Parlons prisons pour briser cette solitude et l’isolement.
Pour être une fois réellement considéré.e.s et pour permettre également aux personnes qui ne connaissent pas le monde carcéral (ni de dehors, ni de dedans) de mieux comprendre ce qu’il en est.
Vous pouvez nous écrire les témoignages par écrit (la forme et l’orthographe ne sont évidemment pas importantes du tout) ! Vous pouvez aussi nous contacter par mail (parlons_prisons@riseup.net) pour que l’on se rencontre afin d’enregistrer votre témoignage et qu’on le retranscrive, si vous êtes plus à l’aise avec l’oral.
Évidemment, les témoignages et analyses ne doivent pas comporter de propos racistes, sexistes, islamophobes, etc. Ils ne doivent pas enfoncer les autres personnes détenues. Vu le caractère anticarcéral de ce site, ils ne doivent pas légitimer la prison. Finalement, ils ne doivent pas dévoiler des stratégies pour faire entrer des objets dans la prison par exemple. Ceci dans le but que ces témoignages soient une force pour toutes et tous.
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Quand migration rime avec détention et expulsion
Initiallement paru sur www.renverse.co
À Genève, une cinquantaine de personnes sont actuellement en détention administrative pour l’unique raison qu’elles se sont vues refuser une autorisation de séjour sur le territoire suisse. C’est le cas de R, tunisien, débouté, arrêté en octobre alors qu’il sortait de l’Office cantonal de la population et des migrations (OCPM) où il allait renouveler son papier blanc lui permettant d’obtenir « l’aide d’urgence ». Attiré par le mythe d’une Europe des « droits humains » et de la prospérité pour tou.te.s, R s’est au contraire trouvé face à une politique migratoire qui considère les êtres humains comme des numéros à gérer, trier, renvoyer…
Alors que l’on s’émeut des morts tragiques de migrant.e.s parsemant les routes de l’exil, faut-il rappeler les milliards investis non dans l’accueil, mais dans la répression et la construction d’une forteresse aux frontières infranchissable ?
De l’accueil entre détention administrative et renvoi
L’exemple du parcours de R qui cherchait l’asile en Suisse.
R est un homme tunisien vivant depuis plus de dix ans en Europe et qui en 2015 s’est engagé dans la lutte contre l’hébergement des requérants d’asile en abri PCi à Genève. Aujourd’hui il est emprisonné, condamné à trois mois de détention administrative, dans l’attente de son expulsion. Il a été arrêté en octobre dernier alors qu’il sortait de l’Office cantonal de la population et des migrations (OCPM) où, comme tous les 15 jours, il allait renouveler son papier blanc lui permettant d’obtenir « l’aide d’urgence ».
L’emprisonnement administratif peut durer jusqu’à 18 mois et se termine régulièrement par une expulsion, souvent assorti d’un vol spécial. À Genève, une cinquantaine de personnes sont actuellement emprisonnées aux centres de la Favra et de Frambois – et 168 places sont prévues sur le site de Champ-Dollon – pour l’unique raison qu’elles se sont vues refuser une autorisation de séjour sur le territoire suisse. La détention administrative les punit pour ce qu’elles sont, à savoir des personnes en exil cherchant refuge et un avenir meilleur en Suisse.
Des collusions indécentes entre Hospice et police
Débouté, R recevait l’aide d’urgence, soit 300.- mensuels, associés à une interdiction de travail, qui rendent impossible la vie en Suisse.
L’aide d’urgence, comme l’aide sociale, relève de la compétence de l’Hospice général. Pour la percevoir, les personnes en exil sont contraintes de pointer régulièrement à l’OCPM. Or, on assiste de manière récurrente à des arrestations à la sortie de cet office ou sur le trajet de retour, sous dénonciation des employés. Par une telle collusion entre social et police, l’aide sociale devient un véritable moyen de contrôle et de contrainte. L’OCPM étant à la fois le passage obligé pour obtenir de quoi survivre et le lieu choisi pour la répression.
R a trop longtemps été logé dans des conditions inacceptables. Pour avoir accès à des conditions de vie décentes et un minimum d’intimité – comme par exemple, dormir une nuit dans une chambre individuelle avec fenêtre, prendre une douche chaude en toute tranquillité ou cuisiner un repas avec des ami.e.s – R dort de temps à autre chez des proches. Mais si l’on ne se rend pas pendant 72 heures dans le logement assigné par l’Hospice, on est déclaré « disparu.e » aux autorités cantonales et perd les maigres droits accordés par le système de l’asile. Cette autre forme de contrôle rappelle que si des arrestations ont lieu lors du passage obligé à l’OCPM, elles s’effectuent également pendant le sommeil, dans les lits de l’Hospice général. Cette institution « d’action sociale » construit des dispositifs coercitifs en collaboration avec les politiques répressives d’Etat. Cela contribue à rompre irrémédiablement tout lien de confiance, poussant ainsi les personnes en exil à rentrer dans la clandestinité.
Le système migratoire suisse : une machine qui broie des vies
R a été attiré par le mythe d’une Europe des « droits humains » et de la prospérité pour toutes. Venant d’un pays « à risque migratoire élevé », il n’a pu voyager et rejoindre l’Europe légalement. Comme beaucoup d’autres, il lui a fallu prendre la mer clandestinement, au péril de sa vie. Il cherchait juste un avenir meilleur. Que peut nous importer s’il fuyait une guerre, une dictature, un pays dévasté par l’extraction de matières premières, la misère ou des problèmes personnels ? Tout le monde sait ce qu’il coûte de quitter son environnement, ses proches, ses repères pour aller dans un pays dont on ne connaît rien.
Arrivé en Suisse, R n’a pas pu raconter sa véritable histoire ni montrer ses papiers, car cela lui aurait valu un renvoi immédiat. Il n’a pu toucher aux miettes de cette prospérité, ni apercevoir l’ombre des « droits humains ». Au contraire, il a été mis face à l’interdiction de travailler, face aux logements délabrés, face aux visages glacés de l’administration (SEM, OCPM, Hospice général, police) et parfois même ceux du corps médical. Il a été forcé de vivre dans les sous-sols des bunkers à 30 par dortoir, sans air ni lumière du jour, soumis aux fouilles, aux contrôles et aux vexations permanentes. Face à ces conditions de vie et au mépris affiché par l’Hospice général dont il dépend, R ne s’est jamais senti considéré comme un être humain.
Cette politique migratoire considère les êtres humains comme des numéros à gérer, trier, renvoyer. Cette politique migratoire produit et cautionne leur mise à mort.
Le statut de réfugié : un trophée réservé à une minorité
Face à une demande d’asile, la première préoccupation des autorités est de prouver que le ou la requérante est passée par un autre pays d’Europe pour l’y renvoyer sous couvert des accords de Dublin. La deuxième étape consiste à démontrer que sa demande n’est pas justifiée ou qu’elle provient d’un pays où l’on ne risque pas de « vraies persécutions ». La misère, créée par des pratiques coloniales, n’étant évidemment jamais prise en considération. Et ceci sachant que le droit à l’asile fluctue au gré des relations diplomatiques et économiques*, qui permettent par exemple d’apposer ou d’enlever le terme guerre sur tel conflit ou le qualificatif de dictature sur tel régime ; considérations qui changent parfois du jour au lendemain.
Vrai ou faux, comment faire le jeu des discours xénophobes
Alors que l’on s’émeut des morts tragiques de migrant.e.s parsemant les routes de l’exil, faut-il rappeler les milliards investis non dans l’accueil, mais dans la construction d’une forteresse aux frontières infranchissables** ? Là où passent et repassent en toute sécurité les marchandises et les détenteurs du bon passeport – pour des vacances balnéaires, des séjours d’affaires ou des études universitaires – des êtres humains en possession du « mauvais » statut socio-économique et de la « mauvaise » nationalité, se fracassent contre des murs ou disparaissent.
On défend quelques « vraies » personnes réfugiées que l’on oppose aux « fausses » qui viendraient pour des « raisons économiques », en feignant d’oublier la responsabilité de cette même Europe qui pille et exploite les ressources de leur pays et qui bien souvent se retrouve liée de près ou de loin aux causes des conflits existants. Comme si les « motifs économiques » n’étaient pas politiques ni une violence infligée par des privilèges. Méfions-nous des divisions artificielles sur qui aurait la légitimité de séjourner sur le continent européen.
Stop aux collusions entre social et police
Stop aux arrestations à l’OCPM et dans les foyers
Stop aux bunkers, aux prisons et aux renvois
Liberté pour R et toutes les personnes incarcérées
Collectif Sans Retour
10 November 2017
* En 2012 la Suisse a signé un partenariat avec la Tunisie, “qui prévoit la réadmission des requérants d’asile déboutés en échange d’une série de mesures d’aide au développement socio-économique du pays”. https://asile.ch/2016/01/20/swissinfo-ch-le-statut-de-pays-sur-nimplique-pas-forcement-un-renvoi-de-migrants/
** À Genève, par exemple, plusieurs millions servent déjà à la répression des personnes en exil et 63 millions sont actuellement prévus d’être investis dans la construction d’un centre fédéral de renvoi au Grand-Saconnex.
Pas de centre fédéral au Grand-Saconnex ni ailleurs
Initallement paru sur www.renverse.co
Au Grand-Saconnex, collé au tarmac de l’aéroport de Genève, se trouve actuellement le foyer pour réfugiéEs, familles et personnes seules, des Tilleuls. Ce dernier devrait être détruit dans les prochains mois en vue de la construction d’un grand complexe comprenant un Centre Fédéral de renvoi pour requérantEs d’asile de 250 places, une prison de détention administrative de 50 places, ainsi qu’un service de police et de douane.
Derrière “l’accélération des procédures” de la nouvelle politique d’asile suisse censée être mise en oeuvre dès le 1er janvier 2019, se cache en réalité la volonté de criminaliser, d’incarcérer, de faire taire, pour finalement renvoyer des personnes dont le seul délit est d’avoir fui les guerres ou la pauvreté.
Ce Centre fédéral de renvoi est le symbole même d’une politique raciste de non-hospitalité qui se durcit de plus en plus, montrant bien l’injustice et la violence du système d’asile suisse.
CENTRE FÉDÉRAL : UN ACCUEIL CARCÉRAL
Le centre est conçu comme un gigantesque centre de renvoi : une seule entrée, des cellules d’isolement et un accès direct au tarmac. L’emplacement choisi par les autorités ne ment pas.
Genève deviendra la plaque tournante des expulsions en Suisse romande, perpétuant ainsi des pratiques inhumaines déjà critiquées par la Commission fédérale contre le racisme.
Comment en effet mieux “accueillir” des personnes requérantEs d’asile déboutéEs que dans un univers carcéral ? Une discipline infantilisante et arbitraire : annonce obligatoire en entrant et en sortant, fouilles, punitions, prise d’empreintes digitales, impossibilité de conserver des denrées alimentaires et de cuisiner. Une “aide” d’urgence dérisoire qui ne sert qu’à maintenir les personnes requérantEs à disposition de la police en vue de leur renvoi. Et comme pour les détenuEs, des travaux d’intérêts généraux payés 3.75 CHF de l’heure.
Tout est également prévu pour que les requérantEs ne se mélangent pas au reste de la population. Des horaires restrictifs (9h-17h en semaine) empêchent le travail et la vie sociale à l’extérieur. Enfin, les enfants seront scolarisés à l’intérieur même du centre, les coupant des autres enfants et les privant d’une vie normale.
DETENTENTION ADMINISTRATIVE : SILENCE, ON ENFERME, ON EXPULSE
La détention administrative permet aux autorités d’enfermer jusqu’à 18 mois des personnes étrangères au seul motif qu’elles n’ont pas les bons papiers. Pas besoin d’avoir commis un délit pour se retrouver derrière les barreaux.
A Genève, il existe aujourd’hui trois prisons dédiées à cette pratique : La Favra, Frambois et le Service asile et rapatriement à l’aéroport (SARA). Ces prisons de détention administrative devraient être remplacées dans les prochaines années par La Brenaz (168 places) et par la prison jouxtant le Centre fédéral du Grand-Saconnex (50 places).
Alors qu’à Genève cette pratique n’existait quasiment pas il y a 20 ans, le canton comptera bientôt plus de 218 places d’enfermement pour personnes migrantes. Une augmentation exponentielle, signe d’une politique migratoire raciste de plus en plus violente et décomplexée.
UN PROJET SYMBOLE D’UNE POLITIQUE RACISTE
Cette politique d’exclusion violente, qui vise clairement les personnes originaires de pays extra-européens, ne peut être qualifiée d’autre chose que d’une politique raciste. Les autorités fédérales, le canton de Genève et la commune du Grand-Saconnex, en prenant part à cette infamie, ne laisse d’autre choix à la population que de s’organiser pour faire front et résister avec les personnes concernées.
LEXIQUE
“RequérantEs d’asile déboutéEs” : Personnes dont la demande d’asile a été refusée (décision négative ou non-entrée en matière). Elles sont dès lors condisérées comme “illégales” sur le territoire par les autorités et les lois racistes suisses. Personne ne devrait être illégale.
“Détention administrative” : Enfermement d’une personne pendant que les autorités a) vérifient son identité ou b) organisent son renvoi du territoire suisse. La personne détenue est ainsi considérée comme un sujet criminel et traitée de la sorte.
QUE FAIRE ?
Ne pas soutenir les politiques étatiques racistes c’est notamment :
- S’informer sur asile.ch et renverse.co
- Etre solidaire et soutenir les personnes en exil par un maximum d’initiatives et d’actions.
- En parler autour de vous et soutenir les actions de Perce-Frontières. Envoyez-votre un mail à perce-frontières@noborders.ch pour être tenu au courant des prochains évènements.
NO PRISONS FOR MIGRANTS
